24 janvier 2007

Les Chiens de Paille (Straw Dogs)

Straw_DogsUn jeune professeur de mathématiques américain, David Sumner, s'installe pour travailler dans une ferme isolée de Cornouailles, le pays natal de sa femme Amy. Il engage quelques jeunes gens du village pour réparer sa grange. L'un d'eux, Venner, a eu une liaison avec Amy avant son mariage. Ils proposent une partie de chasse à David et, en son absence, Venner et son ami Scutt violent...

Sam Peckinpah est un grand cinéaste. Mais également très délaissé du grand public. En tournant Les Chiens de Paille, le cinéaste aborde a nouveau les thèmes récurrents dans son œuvre : la violence et ses conséquences sur le comportement de l'homme. Peckinpah a déjà bouleverse les règles du Western en réalisant La Horde Sauvage, mais avec Les Chiens de Paille, il renoue avec des règles qui lui sont familières, notamment l'assaut final rappellant le Rio Bravo de Howard Hawks.

Les Chiens de Paille s'attache à nous raconter le destin de David, jeune mathématicien, désirant fuir l'Amérique et son atmosphère orageuse. Il émigre alors en Cornouailles ou il est confronté dés son arrivée à l'agressivité des autochtones. Atteint dans ses convictions, il aura lui aussi recours à une violence qu'il combat. Le ton et donné des les premières séquences : un village pauvre, des hommes désœuvrés notamment quelques personnages aux faciès inquiétants dont les regards lubriques se posent sur les jeunes filles qui traversent la place. Un jeune américain, Dustin Hoffman fait son apparition dans ce monde qui lui est étranger, en compagnie de sa femme originaire de la région, afin d'y trouver le calme et la tranquillité, fuyant ainsi l'agitation des grandes métropoles américaines et la violence. Cette situation donne matière au thème principal du film, la violence dans une ville déshéritée d'Angleterre. La loi y est réduite a sa plus simple expression, incarnée par un juge sans grand pouvoir. Les relations entre les hommes sont primaires. On pense a une société traditionnelle voire moyenâgeuse ou les biens et les femmes sont convoités.

Progressivement, les autochtones vont envahir l'intimité du couple. La caméra accompagne cette intrusion par une focalisation permanente sur les victimes potentielles. La naïveté et l'honnêteté de David encourageront l'impunité totale des tortionnaires. Le comportement de David sera interprété comme un signe de faiblesse. Sa femme semblera étrangement s'accommoder de cette situation qui lui semble familière. Le viol de Susan George est ainsi annoncé par un voyeurisme récurrent ou participent enfants et adultes. Une traque impitoyable aboutissant à l'assaut final ou se distinguera par son courage, le héros, retrouvant par son comportement l'estime de sa femme ayant grandi dans cette communauté primitive. Une relation complexe, faite de provocations, de sympathie et de répulsion s'établit entre Susan Georges et les villageois. Cette situation est la résultante de la conscience de la faiblesse de son mari et la reconnaissance des plus forts. La scène du viol reflète cette ambiguïté. Sa résignation traduit une certaine acceptation et une reconnaissance de la force. Elle n'a pas totalement rompu avec ce monde primitif.
On retrouve également dans Les Chiens de Paille, des procédés de mise en scène fréquents chez le maître (ralentis, montage brut...). Le cadre du film est à l'image de la scène finale. Lors de l'assaut des villageois, Dustin Hoffman retrouve l'instinct naturel de l'homme traqué et amené à se défendre.

Longtemps interdit en Grande Bretagne, Les Chiens de Paille, demeure une œuvre fascinante ou Peckinpah tient la violence comme une constante de la généralité contemporaine quelle que soit la localisation. Un film majeur du Nouvel Hollywood et du cinéma en général qui mérite d'être découvert, notamment parce qu'il demeure aujourd'hui, au même titre qu'un Délivrance, une référence du Survival.

Posté par Hartigan à 16:06 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Les Chiens de Paille (Straw Dogs)

    rudement bien ficelé tout ça...

    mais malgré tout, tu n'arriveras pas à me convaincre que ce film est un chef-d'oeuvre, c'est finalement assez simple non de filmer la violence pour la dénoncer ? puis Peckinpah est un récidiviste, pas un de ses films, du moins à ma connaissance, propose autre chose !!... à croire que chez lui, la violence le fascinait

    Posté par karamzin, 12 mars 2007 à 23:53 | | Répondre
  • Justement non

    En réponse à Karamzin,

    Non, ce n'est pas facile de filmer la Violence. La filmer sans distance, oui, la distancier, beaucoup moins.

    Peckinpah, comme Kubrick, est un maître dans l'art de la distanciation. Il parvient toujours à détourner l'oeil du spectateur, afin de lui offrir une violence détourée.

    Dans son montage, sa faculté à jouer des ralentis, des gros plans, du son, du hors champs, il ne montre pas la violence, il l'a suggère.

    Kubrick, parvenait à se distancier d'une autre manière, mais Peckinpah, fondamentalement fonctionne à l'identique, sur le résultat.

    Abuser les scènes de violence, en les rendant quasi surréalistes, permet à sa thématique d'être perçue de façon nuancée et suggérée.

    Pas évident du tout comme démarche, mais Sam Peckinpah est suffisamment intelligent et subtil, pour réussir haut la main ce pari délicat...

    Posté par Michael, 01 juin 2007 à 18:17 | | Répondre
  • Karamzin (2)

    Je ne fais pas toujours attention aux commentaires, je te remercie Mike d'être intervenu. En ce qui concerne ta réaction, je suis totalement d'accord, et en particulier sur le rapprochement avec Kubrick.

    Karamzin, le violence le fascinait en effet, mais Peckinpah n'a jamais éprouvé comme tu le sous-entends, une complaisance à montrer la violence mais au contraire, la montrer la plus sale que possible pour dégoûter le spectateur...

    Difficile à croire, mais Peckinpah était un pacifiste, dégoûté par les combats de son pays. Et oui...

    En écho à Mike, je dirai également que Peckinpah ne montre pas toujours a violence mais la suggére (par le biais d'un voyeurisme récurrent dans Les Chiens de Paille par exemple).

    C'est ta réponse que je trouve facile. Afirmer comme tu le fais qu'il filme la violence et qu'il il ne fait que nça, on, je pense qu'avec un cinéaste comme Peckinpah, il faut aller beaucoup plus loin dans la reflexion...

    Posté par Hartigan, 04 juin 2007 à 13:08 | | Répondre
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